Mesdames, Messieurs
Représentant syndical CGT, j'interviens dans votre Assemblée ce soir, au nom du personnel France Telecom de Morlaix, pour vous informer du projet de fermeture du plateau d'appel téléphonique 10-13 10-15 avec toutes les conséquences qui en découlent pour nous salariés et nos familles, mais également pour l'économie locale.
Même si nous savions que des menaces pesaient sur les très petits sites de moins de 10 salariés comme Châteaubriant, c'est avec surprise mais aussi avec un sentiment de profonde injustice que nous avons appris par nos élus CGT que la fermeture du site de l'Unité Assistance par Téléphone de Morlaix était inscrite à l'ordre du jour du CE de la Direction Territoriale Ouest devant se tenir le 28 juin 2007 à Rennes.
Notre révolte s'est encore amplifiée quand nous avons pris connaissance des « propositions de reclassement » de la Direction qui tiennent en 1 seul mot « délocalisation » sur Brest pour suivre notre travail ou sur Guingamp pour quelques salariés avec un changement de métier.
Concrètement cela signifie dans tous les cas de figure, un temps de trajet d'une heure le matin et d'une heure le soir aux heures de pointe si nous choisissons la voiture et bien plus si nous optons pour les transports en commun train+ bus pour Brest. Le retour est même impossible le soir quand nous aurons des services qui finissent à 20h. En effet France Telecom a eu le culot de nous faire savoir que nos horaires ne seraient pas aménagés.
Les 120 kilomètres journaliers, parfois 6 jours par semaine, cela représente au moins 1/3 de notre salaire mensuel qui part en frais de déplacement ( carburant, entretien et usure du véhicule)
Alors travailler plus pour gagner moins, nous ne sommes pas d'accord !!!
Mais allez-vous me dire, France Telecom est peut être en difficulté financière ? Rappelons qu'en 2006, 3,2 milliards d'euros ont été distribués sous forme de dividendes aux actionnaires soit + 20% par action par rapport à 2005. Le Cash Flow attendu en 2007 et en 2008 est de 7 milliards d'euros.
Le directeur exécutif de France Telecom Louis Pierre Wenes déclarait le 31 mai 2007 à un journaliste qui s'inquiétait de la réussite du plan de suppression de 22 000 emplois à France Telecom : « nous n'aurons pas de problème pour trouver des volontaires au départ entre les moyens que l'on met à la disposition des gens et la pression qui monte sur la mobilité interne . Il leur faut comprendre qu'ils doivent faire un travail utile à l'entreprise sinon ça ne peut pas durer »
Propos indécents de la part d'un dirigeant qui n'a rejoint France Telecom qu'en 2003, alors que la majorité d'entre nous a 30 ans dans cette entreprise que nous avons bâtie avec bien souvent un passage de plusieurs années à Paris et surtout plusieurs changements de métiers .
Cette pression interne à la mobilité nous la ressentons vraiment et nous craignons que pour certains d'entre nous elle soit vraiment insupportable (dépressions, suicides ?)
Qui accepterait de perdre 1/3 de son salaire pour faire 2h de trajet-travail par jour soit une amplitude de 11 heures avec des horaires tardifs de fin de travail ( 20h) Ce temps de trajet-travail c'est + 10h/semaine soit + 40h/mois et l'équivalent de 55jours/an ?
Si ce projet devait aller jusqu 'à son terme nous accusons France Telecom de toutes les conséquences qui pourraient être rattachées à ce choix inhumain.
Le jeudi 5 juillet 2007, avec les salariés des autres sites de l'Ouest touchés par la même décision de fermeture, nous avons interrompu pendant plusieurs heures le CE à Rennes pour exprimer notre refus de partir de Morlaix.
La Direction s'est engagée à ouvrir des négociations avec les organisations syndicales et à ne pas continuer cet été le processus d'information consultation du CE.
C'est un premier pas, mais nous avons également besoin de votre soutien, de celui de tous nos élus locaux, régionaux, nationaux.
En effet notre problème concerne l'ensemble de la société en terme d'aménagement du territoire, d'environnement et de politique sociale.
Le travail que nous effectuons aujourd'hui à Morlaix peut continuer à être exercé à Morlaix et même être renforcé si France Telecom réintégrait tous les appels aujourd'hui sous-traités en France mais également au Maroc et en Tunisie avec une qualité de service déplorable.
C'est un travail qui peut être exercé à distance et au lieu de cela, France Telecom va jeter sur les routes des centaines de salariés, contribuant ainsi à une augmentation de l'effet de serre.
Qui doit rappeler à France Télécom, avec pour actionnaire principal l'Etat, ses devoirs d'entreprise « citoyenne » qui dit vouloir s'engager vers le développement durable ?
Même si France Telecom évite soigneusement d'évoquer le déménagement des salariés, il faut bien comprendre que la majorité d'entre nous aura du mal à supporter physiquement et financièrement cette situation pendant une dizaine d'années.
C'est donc à terme 28 familles qui risquent de devoir quitter le bassin d'emploi et le pays de Morlaix et on peut craindre sérieusement pour le reste des emplois de France Telecom sur Morlaix
Alors ensemble essayons de stopper cet engrenage